vendredi 26 février 2010

Un nouveau départ

Merci de m'avoir suivi et de lire mon blog pour ceux qui le découvrent! L'expérience a été très dense malgré un temps relativement court. Je suis heureux d'avoir pu la partager, je me sens maintenant plus léger et enrichit par la combinaison de l'expérience d'une part et l'échange qui l'a suivit pendant ces derniers mois.

A l'année prochaine pour pierreaokinawa.blogspot.com/ ! ^^

P.S.: Je suis sur Paris pour un an encore, n'hésitez pas à me contacter!

jeudi 25 février 2010

Présentation de mon voyage





Ce qui suit est le discours que j'ai prononcé le Jeudi 25 Février 2010, à 21h20 au bar-restaurant "Aventure Exclusive" (127, rue Championnet, Paris XVIIIème), à l'occasion du vernissage de mon exposition de photographies "Inde du Nord".
Une présentation en deux points, où je dirais d’abord les prénotions que j’avais sur l’Inde avant de partir, que je confronterais ensuite à la réalité Indienne. Mais avant, je vais expliquer brièvement le pourquoi de ce voyage : on me demande souvent pourquoi je suis parti pendant trois mois, et surtout pourquoi en Inde. Je réponds souvent que c’est la culture indienne qui m’attirait, les films, la cuisine, la langue. Et c’est vrai bien sûr, ce sont des choses que j’apprécie. Mais plus sincèrement, j’ai choisi l’Inde… parce que c’était suffisamment loin ! Un simple besoin de prendre l’air à « l’autre bout du monde ». M’aventurer dans un monde le plus éloigné de ma réalité européenne. Me déporter vers l’Est, loin de l’Occident.




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L’Inde telle que je l’imaginais était un pays de pauvreté, avec une majeure partie de la population vivant sous le seuil de pauvreté et dans la misère. Des gens qui échappent à leur dure réalité en visionnant les derniers films de Bollywood, qui offrent un mélange étourdissant le plus déconnecté de la réalité que possible. Bollywood, Une longue dose de rêve (trois heures en moyenne), avec tellement de rebondissements et une telle variété d'humeurs dans un même film que les spectateurs échappent complètement à leur vie quotidienne par le divertissement. Ces films, que je regardais déjà beaucoup avant mon voyage, dépeignent une Inde aux paysages grandioses, campagnes luxuriantes, rizières et champs de millet d’un vert éclatant, que j’avais hâte de retrouver. Les villes seraient, elles, surpeuplées, à la grande diversité de population aux croyances et religions variées, des groupes chantant « Haré Krishna » dans la rue, tambours et clochettes. Une vision du temps cyclique, aussi, où dans chaque destruction repose l’espoir d’un nouveau départ, et donc l’acceptation totale de la mort, contrairement à notre vision du temps en flèche montante (la "montée" serait la tendance à la quête d'ascension sociale) qui favorise la peur de la mort. L’Inde, ce serait aussi un air envoutant aux senteurs d’épices, de cardamone, une spiritualité qui me traverserait et de savoureux currys.




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Concernant Bollywood, et je commence par là car c’est un des premiers domaines dont je parle quand il s’agit de justifier mon attrait pour l’Inde. La théorie de l’échappatoire (escapism) ne m'a pas semblé trop éloignée des faits. Après tout, c'est une théorie que j'avais moi-même pensée et la confirmer a surement été ma première urgence, mais après observations, je peux maintenant dépasser cette théorie et la nuancer de deux manières. Premièrement, j’observe que les gens reprennent, dans la vie, de nombreux "comportements bolywoodiens", dans leur manières de s’habiller, de draguer, de chanter. Sur ce point, l’Inde chante, c’est clair. Un week-end sur l’île de Diu avec sept amis rajashtani a suffit pour me le faire comprendre. Dilip Singh et les autres chantaient les chansons des films indiens, classiques et contemporains, tout le long du week-end. Leur jeu préféré dans les transports en commun (train, car, moto rickshaw) était de chanter à tour de rôle, en reprenant la dernière syllabe de la chanson précédente pour en commencer une nouvelle. Venait mon tour, je tentais les quelques chansons en Hindi que je connais, ou me raccrocher à de vieux "tubes" français. Là, je pense précisément au trajet matinal en train pour se rendre à Diu, trajet qui dure une huitaine d’heures. Le flot interrompu seulement par des rires débordait d’émotions (vie onirique). Et on voit bien ici que des personnes réelles, que l'on pourrait appeler des spectateurs, peuvent se faire acteurs / chanteurs, film et réalité se confondant. Avec les paysages défilant à travers la fenêtre du train, comme projetés, alors que se déroulerait la bobine d’un film. Dans l’autre sens, nombreux sujets d’actualités sont repris au cinéma (conflit indo-pakistanais, problèmes liés aux castes, terrorisme), comme avec A Wednesday (visionné avec Rimjhim et son mari à Kolkata, Septembre), New York (sur le 11 Septembre 2001, vu avec Juliette et Aditi à Delhi, Juillet) ou le téléfilm Un Hazaro ke Naam, qui traite des attaques de Mumbai en Novembre 2008, et dans lequel j’ai joué en tant que figurant (Mumbai, Juillet).
Ensuite, les paysages grandioses ne sont pas forcément où on les attend. Les campagnes, au Bengale Occidentale notamment (Bishnupur) étaient magnifique, avec leur temples ocre de terra cotta en ruines perdus au milieu d’une végétation d’un vert irréel. Mais J’ai surtout eu le coup de cœur pour la région montagneuse du Sikkim Occidental. Où la biodiversité est préservée au sein d’un immense parc national (le Kangchendzonga National Park). Les collines de jungle luxuriantes, les paisibles villages nichés entre les montagnes (Le village de Yuksum). Les montagnes, ainsi que certains lacs, incarnent des des divinités Bouddhistes, imposant d’autant plus d’admiration.

A l’inverse, les villes surpeuplées sont suffocantes au premier abord. Inimaginablement denses, irrespirables. C’est un choc qui demande quelques bons jours d’adaptation, avant de s’habituer et de pouvoir apprécier la vraie vitalité (le buzz) d’une ville comme Mumbai, l’envie de conquête de ses habitants. En effet, on y mène une vie trépidante et bien remplie. Le tout premier jour, j’arrive à trois heures du matin dans le centre de Mumbai (à Colaba) pour trouver la porte de mon hôtel fermée (au téléphone, de France, on m’avait dit qu’il suffirait de frapper avec insistance pour qu’on m’ouvre, mais rien n’y fît). Et les gens, qui sont partout, dormant dans les positions les plus extravagantes en tous endroits, se réveillent sur mon passage pour me trouver un hôtel. On réveille les réceptionnistes endormis par terre devant le comptoir, sur des tapis, et on devra en enjamber d’autres dans le couloir étriqué qui mène aux chambres. Première expérience assez ahurissante du team work à l’indienne. Ils seront plusieurs à me souhaiter « good night, sir » en souriant. Partout dans la ville, des gens à toute heure, à Mumbai ou à Kolkata. Autre expérience de la surpopulation, deux mois plus tard, en rentrant d’une soirée à Kolkata (pour la Kolkata fashion week) à cinq heures, j’apprécie le lever du soleil sur Esplanade, la grande place proche de mon hôtel (sur Sudder street) avec un touriste Anglais (Joe) et une amie indienne (Shreya). La place est remplie de monde qui y ont élu domicile, certains se réveillent et se lavent à la pompe à eau, d’autres encore assoupis nous offrent le spectacle de leur parties intimes dépassant maladroitement de leur pagne. Cette surpopulation, cette abondance humaine, est malheureusement source d’une grande pollution dans les villes d’Inde du Nord, problème qui semble peu adressé par le gouvernement.

Parlons un peu des gens : on a vu que mon premier accueil a été bon, et ils le seront tous ! Tout le monde aura été vraiment accueillant avec moi, très généreux, invitants, gentils en général. Mais je n’ai pas eu le même sentiment de sincérité partout, l’accueil d’un touriste me parait notamment très différent au Rajasthan ou au Sikkim. Dans la première région, à Jaisalmer, il était clair que tout le monde avait quelque chose à vendre, et une sorte d’amalgame était fait entre touriste et client potentiel. On ne me donnait pas tout le temps l’impression d’être un porte-monnaie sur pattes, bien sûr, car j’étais quand même fréquemment invité à diner chez une famille de rajput (la caste des "guerriers"). Là, je dinais et prenait le thé avec le maitre de maison, Kishan Singh (le père de Dilip Singh) qui m’a également invité à festoyer avec ses amis. Encore qu’ils me faisaient dormir dans l’hôtel d’un ami à eux, et me proposait de partir en camel safari avec un de ses copains. Je ne fais aucune critique ici, je remarque simplement que le tourisme semblait fournir là-bas une grande partie des revenus. En revanche, j’ai ressenti au Sikkim une vraie communication entre touristes et locaux, et un vrai intérêt en l’autre. On y fait une économie du tourisme, comme partout ailleurs, mais tournée vers l’échange, comme avec l’organisation de home stays (par le Khangdchendzonga Conservation Commitee), un programme d’immersion du touriste dans la culture locale en le faisant héberger chez les locaux.

Pour finir, j’aimerais évoquer un peu la religion, ou plutôt la religiosité de la vie indienne. Tout était très marqué par la religion, dans une société où les pratiques sont extrêmement importantes (et nombreuses), et un grand soin est apporté à bien faire ces pratiques. Toute prière et rite sont très soigneusement effectués. Dans beaucoup de logements hindous, on consacre un endroit, voire une pièce entière si possible, à la divinité. En bref, le religieux est partout à voir et semble occuper un temps important. [note : sur la religion hindouiste, un commentaire intéressant a été rajouté à mon article "Hindouism" sur la version anglaise de mon blog, à lire ici : http://pierreinindia.blogspot.com/2009/09/hinduism.html]




Tout ça pour dire deux choses :
(Et c’est une phrase toute faite de sociologue) La réalité est toujours plus complexe. Que ce à quoi on s’attend, que ce à quoi on pense être préparé. C’est ce qui peut justifier, évidemment, la vocation sociologique ou anthropologique.
Deuxièmement, il ne faut jamais s’en tenir à nos préjugés. Ne pas les ignorer non plus. Ou essayer de ne pas en avoir, mais observer la réalité puis revenir à nos préjugés pour voir où on s’est trompé. Et se demander pourquoi ces préjugés nous sont parvenus. Par exemple, la croyance du temps cyclique serait une exportation des castes supérieures (les brahmanes) pour perdurer l’image d’une Inde immuable, imperméable à toute action venue de l’extérieur. Vision embrassée par les orientalistes du XIXème siècle, qui ont participé à enfermer l'Inde dans cet écrin. Pourtant, autant qu'on m'affirme que l'orientalisme est loin derrière, dépassé, et que les gens ont ouvert les yeux sur la réalité (l'historicité notamment) de l'Inde, j'entends toujours de nombreux propos à tendance très exotisante sur ce pays. ("Et alors, tu a ressenti des trucs spirituels en visitant Varanasi?") Des propos qui, me semble-t-il, montrent que l'orientalisme a de beaux restes dans la croyance commune, souvent chez des gens qui n'ont pas été en Inde, mais pas seulement. Comme quoi on peut non seulement avoir de fort à-prioris sur un pays, une culture, mais les perpétuer même en allant dans ce pays, en "cherchant" à voir ce à quoi on s'attendait déjà. En partant en quête du déjà-connu, en s'appropriant l'étrange qu'on savait qu'on allait voir avec pour seul but d'en faire une "expérience personnelle". Cette appropriation, cette confirmation des clichés serait comme faire développer sur place les négatifs qu'on a ramenés dans ses valises, braquer son appareil photo ou caméscope, en somme son œil, sur ce à quoi les autres nous avaient préparés.

Pour conclure, je dirais qu'en voyageant, il faut remettre en question tout ce à quoi nos préjugés nous avaient préparés. Les confronter à la réalité, et surtout embrasser la réalité globale en s’ouvrant à la culture étrangère. Ce qu’on a à apprendre de nos voyages ne se limite pas à une suite de préjugé confirmés ou corrompus, mais, à chacun d'entre eux, à un ensemble nouveau, un tout nouvel univers.

lundi 21 septembre 2009

Conseils au voyageur en Inde

L'Inde est un pays très sûr et accueillant. Voici quelques conseils issues de mon expérience directe de la traversée des états Maharashtra, Gujarat, Rajashtan, Delhi, Uttar Pradesh, West Bengal et Sikkim dans le nord du pays.

En vrac:

* Ne craignez pas les chiens qui vous aboient dessus. Criez leur dessus avec assurance (en Hindi ça le fait mieux: "Ja!", "Dégage!") et lancez des coups de pieds dans leur direction. Quand ils semblent méchants voire carrément dangereux, attrapez une grosse pierre que vous leur jetterez dessus (conseil donne par un policier à Jaisalmer, quand il n'y a plus âme qui vive après 22 heures et que les chiens enragés contrôlent certaines ruelles et places de la ville).

* Si un/des Indiens vous menacent, dites vous bien que vous êtes hautement protégés en tant que touriste. Ils le savent et ne vous toucheront pas de peur des représailles policières. Si on vous isole, feignez de vous sentir mal et d'avoir besoin d'air ou de devoir aller quelque part et dirigez-vous vers l'agent de police le plus proche. Vous pouvez aussi sauter dans un taxi.

* Les prix sont indiqués sur tous les produits emballés, pratique pour vérifier qu'on ne vous roule pas dans la farine. Dans la jungle ou autre endroit faiblement habité, il se peut que le prix soit supérieur de quelques Rupees. Ainsi que les boissons dans les restaurants évidemment.

* Vous remarquerez que les enfants sont toujours plus souriants quand ils regardent la photo que vous venez de prendre d'eux que pendant la prise. Ainsi, tâchez de ne pas les faire poser , ce qu'il feront naturellement, en les distrayants (blagues, les faire parler etc.). Ne payez pas vos sujets, offrez plutôt biscuits, bonbons, ou chocolats.

* Évitez de donner aux mendiants. Des les premiers jours en Inde, j'ai compris que la meilleur solution est l'ignorance la plus complète face à ce problème flagrant et célèbre, pour ne pas encourager la mendicité. A mon arrivée à Mumbai, une bande de jeunes m'a encerclée et voulait voir le contenu de mon sac et de mon portefeuille. J'avais en fait crée le problème en commençant par leur parler. La situation n'aurait même pas eue lieu si je les avais complètement ignoré.

* Ne laissez personne vous guider nulle part. Ça peut finir dans un magasin, par un trajet en rickshaw hors de prix ou une demande d'argent pour la visite. Toujours embarrassant.

* Ne jamais vous laisser guider vers un transport, quel qu'il soit. A la sortie d'une gare ferroviaire ou routière, fuyez comme la peste la salve de rabatteurs et cherchez le poste de "pre-paid taxi", qui pratique des tarifs normaux, ou hélez-en un dans la rue. Si un rickshaw n'utilise pas le compteur, négociez toujours le tarif de la course avant de monter a bord. Comparez avec les autres rickshaw si besoin. A Delhi, divisez le prix annoncé par trois (ne comptez pourtant pas payer ce tarif, mais c'est souvent ce que vous auriez dû payer en temps normal; rassurer vous en vous disant que les locaux aussi se font escroquer dans la capitale). Prévoyez aussi le compte exact.

* Dans les gares, cherchez le "Tourism Information Office", ou on s'occupera de vous trouver un billet à la dernière minute ou en réserver un. Le touriste est roi en Inde, profitez de vos droits en tant que tel. Beaucoup de trains ont des "Foreign Quotas" qui vous permettent d'acheter un billet alors que le train est complet. Pour trouver la voie ou s'arrête votre train, renseignez vous auprès d'un agent et ne demandez surtout pas à un civil.

* Dans la rue, demandez toujours votre chemin aux employés de bureaux (en costume) ou en second recours aux policiers.

* Soyez patient. Ou profitez de votre passage en Inde pour le devenir!

* Visitez le Sikkim. Ma rencontre avec les populations locales et la biodiversité sublime aura été une expérience inoubliable.


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Les observations concluantes de mon voyages seront publiées prochainement.
Merci de votre attention.

mardi 15 septembre 2009

Voyage en train

Train numéro 2810, Howrah Mumbai Mail, au départ de Kolkata Dimanche 13 Septembre à 20h15. Arrivée prévue à Mumbai Mardi 15 à 5h30. 1968 kilomètres.

Je vérifie les information sur la liste imprimée des passagers affichée à côté de la porte de ma voiture, S12, "Sleeper Class non-AC", sans air-conditionné:
8 ~पिरे मरिलोन M23 HWH CSTM
Numéro du siège, prénom et nom en alphabet Dévanagari (lire "Piré Marilôn"), sexe et âge, station de départ (Howrah, l'une des gares de Kolkata) et station d'arrivée (Chhatrapati Shivaji Terminal, Mumbai).

Je suis rodé aux voyages en train en Inde, et il me sont maintenant presque confortable . D'habitude, j'étale du papier journal tout le long de la banquette pour en faire un lit à peu près propre. Aujourd'hui, en prévision des deux nuits et une journée entière à passer sur ma banquette, je l'ai recouvert d'un drap propre récupéré à l'hôtel (le Centre Point Guesthouse de Sudder street). Mon sac à dos, avec mes chaussures de trek sont sous le drap au niveau des jambes pour ne pas risquer qu'il s'égare ou soit pillé (le personnel du train attrapera un voleur pendant le voyage).

Le train n'a pas démarré qu'ont déjà défilés quatre vendeurs de chai, un vendeur d'oreiller (prix de départ Rs 75), un vendeur de chaines (pour attacher nos bagages) qui est passé deux fois, trois vendeurs de bouteilles d'eau minérale ("Paani bottle! Paani paani! Paani ka bottle!"), et un vieux mendiant sans mains.

Je termine mon sandwich toasté poulet, légumes, œuf dur, acheté plus tôt à la sandwicherie N.V. Store à Sudder street sur la route de New Market, à l'angle de Mirza Ghalib street et Neli Sengupta sarani. Au moment de disposer de la petite assiette en carton, du sac plastique et de la bouteille de Pepsi en plastique, mon voisin m'indique la fenêtre. Il est ravi de me voir suivre son conseil.

20h20
départ.

20h23
"Chaaai, chaaai!!! Coffee, Chai, Coffeeee! Chai, coffe, Chaaaaii!"

20h45
Un homme en tablier bleu, l'air blasé et peu souriant mais consciencieux, nous demande "Khanna? Khanna?", "dinerez-vous ce soir?". Il est en fait un employé du train, une armée d'entre eux proposeront continuellement eau, rafraichissements, thé, biscuits, bhajis etc. Le même qui vendait de l'eau plus tôt, casquette à l'envers vissée sur la tête, propose maintenant des samosas.

8h30
Le lendemain matin, je demande à changer de banquette car la mienne est beaucoup trop exiguë et j'ai mal dormi. Je change pour le siège numéro 6 de la voiture S11.

21h12
On me sert mon plateau repas. Option végétarien. Rs 45. Récipients aux formes variés en aluminium, fermés par des plaquettes en cartons aux bords retenus par l'aluminium. Généreuse portion de riz blanc, petite portion de daal, pois chiche en sauce et pommes de terres au curry. 250 millilitres d'eau minérale, un sachet de pickles à la mangue et un chappati coupé en deux morceau. Je ne touche pas au curd (yaourt) car le petit pot en polystyrène n'est pas fermé, je ne veux pas me retrouver à bouffer un cafard qui se serait incrusté là dedans et s'y serais noyé au fond. Nombres de ces bestioles font en effet le voyage avec nous en train. De plus, l'employé à laissé le plateau de pots de curd sur un carton en dessous du siège en face de moi, pendant qu'il servait les plateaux repas dans notre wagon, en commençant par le fond. En parlant de bestioles, un petit cafard se balade justement dans mon curry!

Quand j'ai terminé, je confie mon plateau à un employé qui se chargera de le déverser à l'intersection entre la rame derrière moi et la mienne, après les toilettes, lieu de passage au niveau de la jonction entre deux wagons. Il pousse avec son pied ce qu'il peut des restes de mon plateaux vers un trou qui donne sur la voie, et le reste, plateau inclus, gît là sur le sol. D'autres voyageurs glissent leur plateaux sous les sièges, ou les jettent par les fenêtres, cette dernière pratique étant la plus courante. L'Inde, un pays dépotoir?

Les gens s'agglutinent autour du lavabo, les hommes en premier, pour effectuer la toilette d'après diner. On se frotte le visage énergiquement, on se brosse les dents souvent à l'eau et avec l'index. Les hommes se postent à la porte du train, grande ouverte, s'enfoncent deux doigts dans la gorge pour se la nettoyer et crachent dans un élégant bruit de quasi-vomissement vers l'extérieur.



MAHARASHTRA


Mumbai


5h43
On me tape sur la tête. On est arrivés à Mumbai!

Après m'être brossé les dents aux lavabos de la plateforme (bruits de vomissement tout autour de moi, les hommes crachent, penchés sur les rails), je me dirige vers les trains locaux. Plateformes 1 à 6. Le hall est moins encombré que le terminal de trains nationaux. Et surtout, pas de file d'attente au guichet de réservation.

5h58
Le cireur de chaussure me fait signe de bouger sur la gauche de mon muret car il s'installe ici. Il ballait le sol avec un chiffon, qu'il étale ensuite sur une plaque de bois sur laquelle il s'assiéra. Devant lui, une boite en bois surmontée d'un piédestal en forme de pied. A sa gauche, un bout de bâche bleue avec quatre sortes de cirage, de la monnaie et un sac de semelles et lacets noirs et blancs. A droite, différents instruments de cirage et plusieurs brosses.

jeudi 10 septembre 2009

Which country?

Which country?

Which country do you come from?

Which country you from?

Where are you from?

Where do you come from?

Where do you from?

Et ma préférée:
Which country do you belong to?

mercredi 9 septembre 2009

Soeurs

Ma grand-mère Mamie Guillevic sera ravie d'apprendre que j'ai passé une matinée à faire du bénévolat avec les missionnaires de la charité de Mère Teresa.

Je me rends à 7 heures pour le petit dèj' à la Mother House dans le centre de Kolkata non loin de AJC Bose road, thé (chai), pain brioche et bananes, avec les autres bénévoles de tous horizons (beaucoup de Japonais). La Mother House est le couvent dans lequel vivait, priait et travaillait Mère Teresa a Kolkata. La maison y abrite sa tombe. Aujourd'hui j'apporterais mon aide avec une vingtaine d'autres dans une des "maisons" de Mère Teresa. Les maisons sont affectées à des malades selon le type de maladie et l'âge. Maison d'enfants handicapés moteur, maison des personnes âgées atteintes de maladies graves et/ou mourants. La mienne est cette dernière, où nous nous rendons en bus. Arrivé à 9 heures, nous commençons par saluer les pensionnaires, les filles vont s'occuper de la maison des femmes sur la droite et nous bichonnons les hommes à gauche ou installés sur le rebord d'un muret en face de la maison, après avoir nettoyer le sol a coups de seaux d'eau. Les salutations sont chaleureuses et tous ont le sourire. On serre de nombreuses mains. J'en serrerais encore plus tard, parfois les mêmes. Premier contact d'importance quoi. L'endroit est agréable, on y trouve de jolis oiseaux en cage a l'extérieur dont des inséparables, et l'intérieur de la maison est propre et ensoleillé (enfin doit l'être, quand les nuages ne recouvrent pas le ciel comme aujourd'hui). On frotte, on masse, on cause. Certains installent les vieux confortablement sur des chaises dehors pour les raser avec attention. Tout le monde semble heureux, sauf un qui râle quand j'essaye de l'aider a monter les marches qui mènent a la maison. Il n'a pas besoin de moi! Un autre nous fait la conversation pendant que nous nettoyons la vaisselle de leur petit dèj'. S'il avait parlé en Français j'aurais sûrement autant compris ce qu'il nous racontait. En tout cas il semblait bien content et ponctuait son Bengali de "Thik aache! Thik hai!", "tout va bien, super chouette, tout roule!" Ça lui faisait plaisir de voir nos têtes. Puis un des employés permanent est venu le chercher pour l'emmener dans la maison se reposer, ça l'a fait râlé et ils se sont engueules sur le chemin. Les grandes bassines se succèdent, je frotte dans une que j'ai rempli d'eau savonneuse. A ma gauche, mes collègues rincent dans une autre remplie d'eau claire à ma suite et re-rincent dans une troisième. A droite, on dépose les plats, assiettes et verres sales après les avoir vidés de leur résidus.

Entre 10 heures 30 et 11 heures on fait une pause à base de biscuits et chai. Ensuite on sert le déjeuner à ces messieurs. Certains doivent être aidé, mais la plupart peuvent se nourrir seuls sans problème. Ils sont assis sur le sol ou sur des bancs, et mangent avec les mains, comme d'hab'. Le repas a l'air ma foi tout a fait délicieux, riz recouvert d'une louche de daal, légumes verts "ladyfingers", une petite orange (au gout un peu citronné) et un morceau de poisson en sauce. Je prend de l'avance et prépare le matériel pour la vaisselle, je m'installe et discute avec mes camarades en attendant. Après la vaisselle la matinée est terminée et nous sommes un peu fatigué et très content d'avoir pû être utile. Je ferais ça tous les jours mais j'ai des choses prévues pour la fin de la semaine. Déjeuner à la galerie d'art d'une amie de Rimjhim demain. Désolé Mamie!

mardi 1 septembre 2009

Chambre avec vue




Avec s.d.b




Proche lavomatique.

dimanche 30 août 2009

Pimenté





16:00
Rentré de Pelling après une matinée à essayer de distinguer la chaîne Himalayenne à travers le brouillard, dont la fameuse Divinité protectrice, le mont Khandchendzonga.

L'équipe Suédo-Franco-Nippone fête ses exploits de ces derniers jours au fromage de Yak sur pain tibétain, poulet au piment et rhum local. La bière de millet fermenté est bien sûr aussi présente. Sur les coups de 22 heures (tous les commerces, y compris les restaurants, ferment leur portes à 20 heures, il est donc très tard dans la nuit), les employés nous font comprendre qu'il sont normalement couchés depuis longtemps. Deux hommes attablés en face se marrent en nous regardant finir notre bouteille de Rhum et recommander trois bières "Hit" de 650ml. En Suedois, "Tchin" se dit "Skull", ce qui veut dire crâne (comme en Anglais) et viens du fait que les Vikings extirpaient le crane de leurs victimes avant d'en découper le dessus pour pouvoir boire dedans et célébrer en bons barbares qui se respectent leur victoire. L'expression est restée. En Japonais "Pierre" se dit "Bi-mi" et veux dire "beau et délicieux". La conversation est pimenté (détails manquants) et nous finissons le Rhum en le versant dans le bouchon de la bouteille, a ras-bord pour pouvoir l'enflammer. Après quelques bouchons nous déclarons la soirée close. Les deux se lèvent tôt le lendemain pour prendre la Jeep de 6h30 vers Jorethang, alors que resterais quelques jours de plus dans le village.

samedi 29 août 2009

Trekking

Aujourd'hui, on a escaladé une montagne.

Sur la route vers Yuksum deux jours plus tôt, Danny et moi avons rencontré un Japonais de vingt-deux ans étudiant en Chimie, Kimura Hiroki, qui voyage seul et décide de nous accompagner dans notre balade autour de Yuksum. Au fait, Danny a trente-deux ans et il est employé en informatique pour une compagnie médicale. L'itinéraire du jour a pour destination le lac sacré de Kechopealri, en passant par les fabuleuses chutes de Khandchendzonga. Après une bonne baignade dans l'eau fraiche, nous remontons les montagnes en direction du lac. au bout de quelques kilomètres, un choix de trois routes de trek s'impose, et un indigène nous conseille de commencer directement a grimper la montagne par la jungle plutôt que de s'embêter à rester sur la route. Nous nous engageons donc à nos risques et périls dans le raccourci du raccourci (l'autre chemin est la route, empruntée par les véhicules). Le lac est de l'autre cote de la montagne qui fait face. La route s'avère plus qu'en pente, et il semble que chaque mètre parcouru nous fait grimper d'un demi-mètre. Le dénivelé ne se calmera pas pendant les deux kilomètres et demi qui nous séparent du sommet, et je devrais arrêter l'équipe toutes les quarante-cinq minutes pour laisser le temps à mon cœur de ralentir jusqu'à un rythme presque normal plutôt que de continuer d'accélérer jusqu'à transpercer ma poitrine. Je suis aussi trempé de sueur.

12:25
Presque arrivé en haut, on se pose au seuil d'un champ de canne à sucre sur des rochers pour reprendre notre souffle. En plein délire dû à la fatigue et à la faim, j'ai la vive impressionnant d'avoir déjà vécu cette scène en rêve. Dan assis en tailleur sur le rocher en face de moi, admirant les montagnes verdoyantes parsemées de petits villages sur fond de ciel bleu éclatant, alors que je suis complètement crevé en train de reprendre mes forces petit a petit sur mon caillou. J'avais rêvé ce moment et endroit précis deux nuits plus tôt, et le souvenir vivace que j'en ai colle avec une précision vertigineuse à la réalité de ces quelques instants. Mélange d'altitude, d'effort physique intense et de soleil brulant, sans doute.

On se fait offrir une tige de canne à sucre, découpée en trois morceaux de quarante centimètres environ par une gentille paysanne et une serpe aiguisée. On arrache la peau verte pour accéder à la chair blanche et sucrée, que l'on suçote en reprenant doucement notre chemin vers les hauteurs.

13:00
En haut, un restaurant / hôtel nous accueille et nous nous régalons du plat du jour, un mélange de riz collant et de légumes agrémentés de pickles locaux au piment. Délicieux. Et trois bouteilles d'un litre d'eau. Notre serveur, un gamin d'un douzaine d'années, m'apprend a dire "namaste" dans trois langages du coin. Ils correspondent à trois castes différentes. En Limboo, langue enseignée dans le Sikkim Occidental en plus de l'Hindi, "sawaro". "Khamri" en Lepcha, langue proche du Tibétain ; Et "kyapso che" en Bhutia. Après une pause méritée d'une heure et un délicieux repas, le lac nous attend à un kilomètre de là.



Nous nous déchaussons pour parcourir le ponton qui donne sur le lac, faisant rouler les rouleaux a prières sur notre chemin. Nous prions devant le lac avec deux autres fidèles. Hiro aussi est de religion Bouddhiste. Nous buvons de l'eau sacre dont nous avons tué 99,9999% des bactéries grâce au SteriPEN que Danny a acheté à Kathmandu, dont nous avons laissé les rayons UV purifier le demi-litre d'eau pendant quarante-huit secondes. A chaque petite gorgée nous prions de plus belle.


15:45
L'heure tardive nous rebute à rentrer à pied et nous décidons de louer une Jeep vers Pelling, pour se retrouver encore plus à l'ouest. La saison touristique ne commence dans le coin que dans quelques semaines (de fin Septembre à Décembre, puis de Mars à mi-Juin) et personne ne semble intéressé de faire le voyage avec nous. Dans ce cas de figure, plutôt que de payer pour son siège, le groupe de touristes doit louer la Jeep toute entière. On négocie à Rs 700.

21:00
Dîner à l'hôtel / resto-bar de Pelling, qui jouera de la musique Live tous les soirs... Dans un mois! Une bonne dizaine d'employés de l'hôtel sont occupés à ne rien faire en cette période hors-saison et regardent la TV de l'autre cote de la longue vitre qui sépare le restaurant de la réception de l'hôtel. Cette fois le repas est arrosé de bière forte locale (la "Hit") et d'un bon rhum au miel sikkimais.

(sans titre)



KCC

A Yuksum et aux alentours, tous les gens que je croisent sont occupés à travailler, ou en pause. En tout cas tout le monde a quelque tâche a accomplir, et les quatre principaux travailleurs que je croise sont: les paysans / agriculteurs qui élèvent des bêtes (poules, vaches, chèvres, yaks) et cultivent cardamone, canne a sucre, riz, millet... ; Les ouvriers du bâtiment qui nettoient la route des chutes de pierres et glissements de terrains, et réparent ou construisent les routes et leurs abords ; Les gens (de 5 a 80 ans) assis sur des tas de cailloux qui les brisent avec un marteau en plus petits cailloux, toujours pour la construction ; Et ceux qui trimballent sur leur dos des herbes et plantes, fardeau retenu par une lanière autour de la tête avec les deux bras agrippant cette lanière. De dos, on ne voit que les jambes dépasser et il est amusant de voir ces buissons ambulants dévaler les pentes montagneuse au pas de course. Là encore, on peut sans problème décrocher le boulot à tout âge.




De tout mon voyage je n'ai jamais sorti autant de "namaste" souriants que lors de mon séjour a Yuksum, tentant de concurrencer la sincère politesse des habitants, sans succès. Mon "namaste", si j'arrive a le placer avant la/les personnes que je croise, rencontre invariablement un large sourire et des "namaste" chaleureux. Les enfants n'hésitent pas a répéter les salutations plusieurs fois, les même enfants qui lançaient des "bye-bye" joyeux au passage de notre Jeep.

A Yuksum et aux alentours, on salue en disant "namaste" en joignant les deux mains devant la poitrine, avec les poignets pliés le plus à angle droit possible. Autrement, seule la main gauche peut assumer cette position, ou, plus cool encore, être positionée devant le front. Dans ce dernier cas, le poignet est plié a 45 degrés. On peut aussi joindre les deux mains devant le front. Les petits me lancent parfois un amusant "namaste tourist!" ; Ils m'appellent aussi "dada" (grand frère) ou "uncle". Les très petits se font gentiment gronder par leurs parents quand ils ne joignent pas les mains sur mon passage.

Les gens d'ici ont une réelle curiosité envers les touristes, et ils sont toujours ravis de converser en Anglais ou Hindi avec moi. En 2002, le Khandchendzonga Conservation Commitee (KCC) a lancé un programme de "Home Stay", grâce auquel le voyageur curieux et avide de culture pourra dormir chez l'habitant dans un village pour Rs 500 par nuit et par personne. Les indigènes sont formés par le KCC et on leur fournit un manuel qui leur explique ce qu'est un touriste, et comment l'accueillir de la meilleur manière (la première page donne une définition claire du touriste, puis le manuel décrit comment nettoyer et faire la cuisine hygiéniquement, comment nettoyer et ranger la chambre du touriste et sont donnés des menus complets etc.) tout en lui faisant expérimenter la culture locale. Il est même recommandé de recevoir le premier jour avec une fête traditionnelle, car "le premier contact est primordial au bon déroulement de l’expérience" (page 12 du manuel).

vendredi 28 août 2009

Sangsues




Yuksam
(ou Yoksum, Yaksum, Yoksom, Yuksum)


La Jeep a quittée Gangtok à 6h30. J'occupe la place du passager à l'avant, un type à ma droite galère pour placer ses jambes de part et d'autre du levier de vitesse. Toujours enclin à glaner des informations et discutailler pendant le voyage, je me retourne vers une Américaine qui a choisi la voie Bouddhiste et de faire un long voyage en Inde en quête du bonheur. Elle me préviendra de faire attention aux sangsues lors de mes treks. Elles prolifèrent en cette saison et sont partout dans les hautes herbes. Je me dit que j'arriverais bien a les éviter et affirme que rentrer le pantalon dans les chaussettes devrait faire l'affaire. Mon interlocutrice est dubitative. Et, arrivé à Yuksam, une grosse tâche rouge sur mon pantalon au niveau de la cheville m'indique que les sangsues m'ont déjà réservé un sort autre.

Elles libèrent à la fois un anticoagulant et un anesthésiant qui leurs permettent de se régaler de sang sans être remarquées par la victime, au bout d'un certain temps, parfois après que la sangsues se soit décollée d'elle-même, la plaie saigne abondamment et démange un peu. Le meilleur remède pour se débarrasser d'une sangsue alors qu'elle commence son festin est de saupoudrer l'animal d'une pincée de sel. Le sel la déshydrate presque instantanément et elle tombera avant de ramper vers sa mort, laissant derrière elle une jolie trainée de votre sang.



jeudi 27 août 2009

Sikkim

4:00
La Jeep vient nous chercher, mon nouvel ami suédois, Danny Wennberg, un couple Franco-Italien et moi-même.

5:30
Du haut de Tiger Hill, la purée de pois nous empêche toute vision de quelque panorama que ce soit, un café et on file au monastère Bouddhiste de Ghum, avant de rentrer sur Darjeeling, depités.

7:00
Autour d'un petit déjeuner à Glenary's (café, œufs au plat, saucisses et tomates), un trekker américain nous parle de ses excursions au Népal et au Sikkim. Il revient tout juste de Yuksum dans le Sikkim Occidental. J'ai entendu dire que les glissements de terrains provoquaient des obstructions de la route là-bas, et que les intempéries font rage. Que nenni, l'américain m'assure qu'il y fait bien meilleur temps et que les blocages sont évacués en moins de deux.

Il n'en faudra pas plus pour nous convaincre de pousser vers le Nord. On peux obtenir un permis, sous la forme d'un tampon et d'une signature sur le passeport, au bureau du Sikkim de Darjeeling, mais apparemment le processus est lent et implique de courir d'un bureau a l'autre. On peux aussi se faire tamponner directement a la frontière. Nous tenterons cette dernière option.

13:00
La Jeep démarre et nous fait contourner les montagnes jusqu'à la frontière sikkimaise. Photocopies de nos deux passeports, coup de tampon, on regrimpe dans la Jeep. Les vendeurs d'alcools sont partout et n'importe quelle bouteille est deux fois moins chère qu'ailleurs en Inde. Ça commence bien.






SIKKIM



Gangtok


16:00
Sur la route, un jeune nous cause depuis la banquette devant nous. Casanova a une jolie Sikkimaise sous le bras et nous explique que le Sikkim est beaucoup plus ouvert en matière de relations hommes / femmes que la plupart du reste de l'Inde.

18:00
On trouve le meilleur hôtel en ville pour l'ami Suédois, alors que je négocie ma chambre a Rs 200. La ville est chère. Les habitants semblent heureux et sont tous souriants. Selon les dires de quelques travailleurs qui rentrent du bureau, les salaires sont très satisfaisants et le chômage inexistant.

Le Sikkim, vingt-deuxième état Indien, depuis 1975, est l'état le moins peuple d'Inde avec plus de 600 000 habitants. Le Sikkim décide de sacrifier son indépendance, se laissant annexer par l'Inde, pour éviter de devenir Chinois à la suite du conflit Sino-Indien de 1962. Aujourd'hui, on parle de recrudescence de la pression Chinoise et certains jeunes n'hésitent pas a prédire une nouvelle guerre Sino-Indienne pour la conservation d'un côté ou la conquête de l'autre du Sikkim dans le futur proche. L'état a plusieurs routes stratégiques vers la Chine, et certaines parties du Nord sont interdites aux touristes étrangers.

C'est un état exemplaire à bien des niveaux et qui pourrait aisément servir de modèle à de nombreux autres états Indiens (tous ceux que j'ai traversé en tout cas!). Le taux d'alphabétisation, un impressionnant 82% (l'Assam est a 90%), est bien supérieur à la moyenne nationale. L'état est le premier au monde à avoir banni les sacs plastiques, et ayant plus récemment aboli l'utilisation de pesticides et d'engrais chimiques, c'est le premier état Indien à l'agriculture 100% biologique. Toujours en parfaite opposition avec le reste de l'Inde (J'insiste une nouvelle fois que je fait référence à l'Inde que j'ai visité), les poubelles sont à chaque coin de rue et le long des parcours de trek, et les habitants ont le plus haut respect pour villes, nature, faune et flore. La tradition Bouddhiste, deuxième religion ici après l'Hindouisme, y est surement pour beaucoup dans ce respect de l'environnement.

mardi 25 août 2009

Air pur et ganja

Darjeeling


L'influence étrangère par le tourisme est visible par les pâtisseries très occidentales disponibles dans nombre d'établissements. Brioches, croissants, gâteaux au chocolat, brownies. Le slogan "Don't drink and drive, smoke a spliff and fly" orne quelques tee-shirts ou arrières de camions. Des jeunes écoutent du reggae, arborent colliers vert-jaune-rouge et fument de la ganja.

8:25
Pour parcourir les quarante-cinq kilomètres, trois heures et 2350 mètres d'altitude qui séparent la gare de Siliguri et Darjeeling, je grimpe a l'arrière d'une Jeep que je partage avec trois autres hommes, dont un docteur Bengali qui travaille depuis quinze ans a l'hôpital de Darjeeling et me fera la conversation tout du long. Une famille d'un couple et deux enfants occupe la banquette du milieu, et une femme partage l'avant avec le conducteur et un ami du conducteur. Le chemin requiert 1) Une bonne Jeep 4x4, 2) Un bon pilote. En effet, le véhiculé et la route ainsi que les autres véhicules arrivant en sens inverse sont rarement séparés de plus d'une dizaine de centimètres, et souvent moins. Au bout de deux heures nous sommes dans les nuages. La station de Ghum, juste avant Darjeeling, est la deuxième gare la plus en altitude au monde, a 2257 mètres.

Les fortes pluies ont fortement endommagé les routes. On observe le résultat d'un glissement de terrain à notre gauche, qui a fait s'effondrer une maison vingts mètres plus bas, alors que les ouvriers s'activent à la reconstruire plus haut. L'incident est récent. Vingt-deux personnes sont mortes dans la région de Darjeeling le mois dernier. Plus au Nord, dans l'état du Sikkim, les intempéries causent des blocages de route fréquents.

18:00
Je me retrouve au Monkey Temple, dans les hauteurs de Darjeeling à quinze minutes à pied de The Mall, la place principale de la ville, où les gens s'assoient sur les bancs dont certains sont abrités au milieu de la place, et discutent en admirant la vue. Là, j'entends de la musique et des chants venir d'une petite hutte près du temple. J'ouvre la porte, demande la permission d'entrer, laisse mes chaussures à l'extérieur et pénètre la pièce. Sept hommes sont réunis autour d'un feu de bois surmonté d'une structure métallique sur laquelle est posée une impressionnante théière d'acier. Nous partageons un thé, les hommes jouent tabla, tambourin et instruments a clochettes. Il chantent a la gloire de Shiva. Plus tard, ils ponctueront le fumage de chilum de "Om Namay Shiva" et "Jai mata". Joignant les deux mains autour de la partie inférieur du chilum fumant, et à de grandes bouffées d'herbes succèdent parfois une levée du chilum dans les airs accompagnée de prières dites à haute voix. Feu, thé brulant et herbe.

Dans l'équipe je me trouve un guide, Dilip, qui m'emmènera en Jeep jusqu'à la Tiger Hill, d'où le panorama est censé être le plus sublime de la région, avec vue sur le Khangchendzonga, troisième plus haut sommet mondial. La balade de quatre heures coûte Rs 500, et trois autres peuvent me joindre pour partager ce tarif.

dimanche 23 août 2009

Religion

20:55
Je prends le bus 234 en direction de la station de train de Sealdah, Kolkata. serré sur la banquette à l'arrière, que je partage avec sept autres hommes. Le contrôleur s'approche de nous et pointe du doigts, les uns après les autres, ceux qui viennent de monter dans le bus et/ou n'ont pas encore payé leur ticket, on farfouille dans nos poches pour préparer le compte exact ou attraper le plus petit billet disponible (souvent un Rs 10). Justement, mon voisin de droite tend un billet de Rs 10 au contrôleur. Manque de synchronisation entre les deux, le billet tombe et flotte doucement dans les airs jusqu'à toucher le sol. Le contrôleur émet un "tss tss tss" en claquant le bout de sa langue sur les deux dents du haut. Il ramasse le billet avec sa main droite, l'appose brièvement sur son front puis le passe sur sa poitrine. Il le tend ensuite au passager assis, qui fera de même avant de le rendre au contrôleur. Celui-ci peux alors l'encaisser tranquillement, en pliant le billet en deux dans la longueur avant de l'enrouler autour d'un des doigts de sa main gauche, le pliant alors dans la largeur ; les autres doigts ayant tous un ou plusieurs billets enroulées de la même manière. Puis il attrape une petite poignée de pièces dans sa sacoche à monnaie en bandoulière, pour donner celle-ci, accompagnée du ticket en papier recyclé, au passager.

22:06
Le Darjeeling Mail de 22h05 quitte la plateforme numéro 9 de la gare. Au moment du départ, la personne assise en face de moi joint ses mains pour les poser sur sa poitrine et murmure une courte prière. Puis il monte ses mains, toujours jointes, pour les poser une seconde sur son front. il rouvre les yeux et reprend sa conversation avec ses copains de banquette. Deux des trois passagers sur la banquette a ma droite, dans la longueur du train, font de même a quelques instants d'intervalle.

lundi 17 août 2009







Serpents (charmeurs de)

De retour a Bishnupur, nous assistons au festival annuel des charmeurs de serpents.





dimanche 16 août 2009

Transport(s)

06:40
Excursion dans l'excursion, nous quittons notre hôtel le "Bishnupur Tourist Complex" pour aller explorer le village de Garhpancha, à quelques dizaines de kilomètres de la. Le bus part de Bishnupur pour Bakura et nous coute Rs 20 chacun. Arrivé à Bakura on change pour Shaltora, encore un bus a Rs 20. Le voyage s'éternise et quelques heures après avoir quitté l'hôtel on se rend compte que l'on est qu'à mi parcours!

11:35
De Shaltora on demande au chauffeur d'un Trekker (une Jeep) de nous emmener dans notre direction. Le plus loin qu'ils vont est Sarabarimore, non loin de la destination. Parfait. Sauf que la Jeep est pleine. Je comprends par le mot "Oupper" en Bengali, et par l'index du conducteur levé vers le ciel que nous effectueront le trajet sur le toit du véhicule. Confortablement installé au milieu d'une roue de secours, entre deux sacs de patates et un plan de bananes, j'apprécie pleinement notre percée au cœur de la jungle, avec pour toile de fond les vertes collines de Garhpancha. La Jeep nous demandera Rs 12 pour nous déposer a la station de train de Sarbarimore. Le village lui-même est quelque peu éloigne, et nous devons négocier avec un type en moto pour qu'on puisse monter a l'arrière. L'état de la route est très mauvais, je comprend que la Jeep n'aille pas aussi loin.

12:50
Déjeuner a Sarbarimore, généreuse portion de riz blanc fumant, et délicieux poulet au curry, accompagné de l'habituel daal en entrée et de quelques légumes exotiques non identifiés. Le riz au milieu de l'assiette en feuilles séchées cousues (pour éviter les frais de lavage d'assiettes), le daal est servie sur un côté de celui-ci. On mélange alors riz et daal a pleine main (droite) pour qu'il en prenne la couleur. Après dégustation, on déverse la sauce du poulet, servit dans une toute petite assiette, sur le reste du riz pour appliquer le même procédé. Le morceau de poulet (dans ce cas une cuisse) est disposé quelque part dans un coin de l'assiette, où on pourra facilement le dépecer avec l'index et le pouce en maintenant le morceau dans l'assiette avec le reste de la main. Les petits morceaux de poulet peuvent ainsi être mange avec les doigts combinés au mélange riz-sauce. On peut aussi mordre à même le poulet avant de se servir du riz que l'on viens d'assembler avec les trois, quatre ou cinq doigts de la main. La main est ensuite agitée vigoureusement de haut en bas dans l'assiette pour faire tomber les grains de riz qui y sont colles. On peux aussi lécher ces mêmes grains de riz. Il est aussi courant, au cours du repas, de réunir sauce, légumes, riz des bords au centre de l'assiette pour lui donner un air plus ordonné, et s'assurer que rien ne sera laissé de côté. Après le repas on utilise les pichets d'eau, à l'extérieur de l'établissement, pour se nettoyer les mains, porter des poignées d'eau à la bouche et autour de la bouche pour se la nettoyer, et même se frotter le visage. On repose ensuite le pichet a l'intérieur, sur une table ou le comptoir.

13:30
Encore un coup de stop (en voiture cette fois) pour atteindre notre destination, Garhpancha, et plus précisément la Forest Department Lodge, en plein milieu de la jungle, où, s'inquiétant de l'heure et envisageant la possibilité de louer une chambre pour la nuit (malgré que nos affaires soient a Bishnupur), on se renseigne sur les disponibilités. L'hôtel est très réputé et aucune chambre n'est libre. Nous croisons trois Bengali de Kolkata qui s'apprêtent à quitter l'hôtel pour se balader dans les alentours, accompagnés d'un guide local. On se serre dans la voiture pour les accompagner.

Parmi les Indiens les Bengalis sont réputés pour être ceux qui voyagent le plus. Il parait qu'on en trouve partout. En effet, les trois amis qui sont avec nous sont tous passionnés de voyage, et ont parcouru tous les recoins de l'Inde. Ils affirment vouloir s'attaquer au reste du monde mais cela coûte cher et il leur faut d'abord économiser.

15:50
Après avoir admiré les coins notables de l'endroit, collines, temple, on se dit qu'il est bien assez tôt pour rentrer, et nos amis Bengali nous déposent à Sarbarimore pour qu'on arrange notre retour. Nous prendrons le train de Sarbarimore a 17:50, express pour Bishnupur (!)

21:20
Une chose que j'aurais appris par le trajet de retour a l'hôtel de la station de train: si ça te dérange pas d'avoir une seule fesse assise sur le siège avant de l'auto-rickshaw à côté du conducteur (siège qui est déjà occupé par un autre passager, ce qui fait une personne entre toi et le conducteur, avec une quatrième à sa droite), d'avoir la moitie du corps a l'extérieur du rickshaw, assis sur du vent, avec la main gauche agrippant fermement la poignée près du rétroviseur de gauche comme si elle tenait ta vie (car c'est le cas, le rickshaw traçant à toute vitesse dans les ruelles impraticables de la ville), et le pied gauche galérant pour tenir a moitie a l'intérieur du véhicule, glissant à tout mouvement brusque ; Et maintenir cette position précaire pour quelques deux kilomètres, alors tu ne paieras que Rs 7 pour ce trajet (le conducteur prenant gentiment en considération que tu a partagé le rickshaw avec six autres passagers et que, techniquement, seulement une moitié de ton corps a fait le trajet EN rickshaw...) ! Ça s'appelle un "shared rickshaw".

samedi 15 août 2009

Ruposhi Bangla






Bishnupur


A 152 kilomètres de Kolkata, que nous quittons par le train de 6h15.

Les temples de terra cota (une pierre rouge, couleur du sol dans cette partie du Bengale Occidental) sont partout.


jeudi 13 août 2009

Durga Puja

10:00
Après deux nuits de dortoir dans le centre de la ville, Sourabh Datta Gupta m'ouvre ses portes. Il habite près de la station de métro Kalighat, en face du Wokhardt hospital, et m'offre l'hébergement sur Kolkata. On n'a pas mentionné de durée spécifique. Je dois rester un mois dans le Bengale Occidentale, en étant basé à Kolkata.

Il est dit que le Sud de la ville est occupé par les immigrants du Bengale Oriental (Bangladesh), dont le père de Sourabh fait partie. Alors que les habitants du Nord, le vieux Kolkata, sont pour la plupart originaire du Bengale Occidental, voire de Kolkata même depuis des générations.

La famille de Sourabh est athée, et lui-même comme son père et son grand père se s'est marié par amour et non par arrangement. Mariage d'amour ne veux pas dire pas de scènes de ménage, Sourabh s'engueule assez souvent avec sa femme Mohua. Il travaille comme secrétaire d'une entreprise publique, en plus d'engranger des fonds en investissant sur les marches financiers et en offrant ses services comme conseiller financier d'investissements, m'affirmant que le secteur public paye environ trois fois moins que le prive, mais offre cinq jours de travail par semaine contre six dans le prive. Il est aussi un membre actif du groupe Indian Science and Rationalist Association, qui se propose d'ouvrir les yeux aux gens sur l'incohérence des pratiques religieuses aussi bien qu'éduquer les gens au respect de leur environnement.


13:00
Dans le quartier de Bakura, les sculpteurs et artistes sont a l'œuvre pour préparer les fabuleuses installations de la prochaine grande fête religieuse: la Durga Puja (littéralement "prière a Durga"), qui a lieu de fin Septembre jusqu'à début Octobre.